Obama et les casinos : légalisera, légalisera pas?

03/02/2009 - Beaucoup d’acteurs du jeu en ligne sont optimistes: le changement promis par Barack Obama touchera probablement aussi le secteur du casino. La fin de l’ UIGEA (la loi contre le jeu en ligne) est proche, et bientôt les citoyens américains pourront parier en toute légalité sur Internet. Mais tout le monde n’est pas de cet avis…

Edward Wray, cofondateur de BetFair, le plus gros intermédiaire en pari sportif d’Europe, est plus pessimiste. Il ne pense pas que la situation change avant au moins cinq ans. Son site n’accepte pas les paris des résidants des Etats-Unis, et il croit que les choses vont continuer ainsi pour un bout de temps encore. “Je pense que le pays va progresser vers la régulation, mais ça peut prendre cinq ans ou dix ans”, explique-t-il. “Quand les Etats-Unis s’ouvriront, nous serons prêts”.

Mais les indications actuelles montrent que le gouvernement des USA ne sera manifestement pas pressé d’accueillir les compagnies de jeu en ligne européennes dans la danse. Le principal représentant de l’industrie aux Etats-Unis est l’iMEGA, ou Interactive Media Entertainment and Gaming Association. Cette association agit comme un groupe de pression sur les institutions américaines; elle vient d’ailleurs de gagner un procès en appel contre le gouvernement du Kentucky, qui voulait saisir des noms de domaines de sites de jeu basés à l’étranger. Cependant, l’iMEGA représente principalement les membres de l’industrie basés au Costa Rica, et compte très peu d’européens dans ses rangs. C’est ce qui fait craindre aux opérateurs du Vieux Continent d’être exclus de la partie, si un jour l’iMEGA parvient à faire légaliser le jeu en ligne aux Etats-Unis.

C’est ce qu’il s’est passé au Royaume-Uni, avec l’association Advertising Standards Authority (ASA). Ce lobby a finalement obtenu la légalisation du jeu en ligne, et c’est avec cette organisation que le gouvernement britannique s’est mis à la tâche pour définir les réglementations. L’ASA en a profité pour éloigner de possibles concurrents gourmands, et les compagnies du jeu en ligne basées au Costa Rica ne peuvent tout simplement pas faire de publicité au Royaume-Uni.

L’Europe a donc peur que les choses se déroulent de la même manière avec l’iMEGA, bien que son président, Joe Brennan Jr, insiste sur le fait que l’organisation est ouverte aux compagnies basées en Europe, et où que ce soit dans le monde, puisqu’elle se veut un représentant mondial du jeu en ligne.

En ce moment, l’iMEGA est engagée dans son plus grand procès jamais entrepris: l’association poursuit devant les tribunaux le gouvernement des Etats-Unis et le Département de la Justice, remettant en cause la constitutionnalité de l’UIGEA. Cette loi instaurée en 2006 interdit aux institutions bancaires de procéder à des transactions entre des sites de jeu en ligne et des joueurs résidant aux Etats-Unis, ce qui transforme les banques américaines en agent du maintien de l’ordre contre leur gré, et à leurs coûts. Une cour d’appels doit commencer les auditions des arguments des parties au mois d’avril.

L’iMEGA a bon espoir, d’autant plus que le mois dernier, la Cour Suprême a invalidé la loi sur la protection en ligne des enfants (COPA, Child Online Protection Act), qui exige des sites pornographiques commerciaux de prendre des mesures raisonnables pour que les mineurs ne puissent pas accéder à leurs pages.

Joe Brennan Jr explique: “Il semble parfois difficile de montrer aux acteurs de l’industrie que notre affaire a en fait un grand potentiel de succès, mais si les gens regardent la COPA, et puis l’UIGEA, ils ne pourront pas passer à côté des parallèles”. “Ils peuvent également se rassurer par le fait qu’il y a au moins un contenu Internet que les conservateurs détestent encore plus [que le jeu en ligne] - le porno - et en se battant devant les tribunaux, les membres [de l’industrie de la pornographie] ont gagné.”

Si l’iMEGA devait gagner ce procès face au gouvernement des Etats-Unis, ce serait véritablement la fin de l’UIGEA, et le processus de légalisation du jeu en ligne serait mis en marche. La question sera dès lors, est-ce que l’Europe en fera partie?


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