Attrait économique lié à l’ouverture des jeux d’argent
27 mai 2009 - Patrice Geoffron, Professeur d’économie à l’Université de Paris-Dauphine, nous livre ses observations sur les conséquences qu’aura l’ouverture du marché du jeu en ligne en France.
Pour lui, il est clair que cette ouverture vient d’une volonté économique avant tout, et ne répond pas du tout à une pression de la part de la Commission européenne. En effet, le marché du jeu en ligne est une vraie manne d’or: en France, l’an passé, entre 2 et 3 milliards d’euros ont été pariés sur Internet, la grande majorité sur des sites illégaux. Quant à la FDJ et la PMU, ils ont enregistré respectivement une hausse de 50% et de 25% des paris, qui sont donc véritablement en train de décoller.
Pour M. Geoffron, le défi de la régularisation sera donc de s’adapter à cette réalité économique, avec des restrictions - qui tendent à protéger les joueurs de l’addiction - problématiques. Ces restrictions partent d’un bon principe, mais il faut la nuancer tout de même en précisant qu’en France, à l’heure actuelle, d’après les statistiques de l’Eurostat et de l’Insee, il y a peu de cas de joueurs compulsifs. Du moins, part rapport aux critères mis en valeur, et par rapport à nos voisins européens comme l’Espagne, la Suède ou le Royaume-Uni, où les ménages dépensent en moyenne beaucoup plus pour le jeu.
Les opérateurs souffriront donc d’un handicap concurrentiel dû à ces restrictions; en revanche, le projet de loi vise à les inciter à se construire un label de qualité supérieur à leurs concurrents. Les détenteurs d’une licence de jeu française pourraient ainsi se poser en “sites de qualité supérieure” sur le marché, notamment par leur transparence, diverses garanties apportées aux joueurs, et le contrôle des risques d’addiction. La FDJ a déjà misé sur ce cheval de bataille, en ouvrant un centre de prévention à Nantes en novembre dernier. L’idée est donc de concurrencer non pas par le taux de retour ou autres outils marketing habituels, mais bien par la qualité.
Néanmoins, il est clair que deux opérateurs seront vraiment avantagés au moment de l’ouverture: la FDJ et la PMU, futurs ex-monopoles, qui jouissent d’une installation de plusieurs dizaines d’années dans l’Hexagone et ont une publicité toute faite. Tout comme EDF ou France Telecom, qui ont été les grands gagnants de la libéralisation, ces deux monopoles du jeu devront empocher une bonne part du gateau.
Suite à ce déséquilibre de la concurrence qui suivra l’ouverture, il est probable que la loi initiale soit modifiée à de nombreuses reprises pour être adaptée à la réalité du milieu. Cependant, même si le projet d’origine n’est pas parfait, il était urgent de le mettre en place, pour faire face à la présence croissante d’Internet dans la plupart des ménages.
