Antigua gèle les capitaux de Stanford International Bank

19/02/2009 -Antigua n’hésite pas une seconde à protéger ses biens lorsqu’une certaine instabilité se fait sentir, comme lorsque, il y a trois ans, le pays s’était retiré de l’une des plus grandes entreprises de jeu du monde, BetonSports, qui était à l’époque sous enquête.
Aujourd’hui, c’est la Stanford International Bank qui est visée par la justice des Etats-Unis, et Antigua a préféré geler tous ses capitaux déposés dans cette banque. La Stanford International Bank appartient à Allen Stanford, qui détient également la Antigua National Bank, la plus grande société financière privée d’Antigua, et qui s’avère aussi être le plus gros employeur de l’île.

Ce mardi, Stanford a en effet été accusé de fraude par la Commission des Echanges et de la Sécurité (SEC) des Etats-Unis. Cette accusation porte un grave coup à la Stanford International Bank, qui est au centre de l’affaire, mais également aux autres entreprises de Stanford, dont la Antigua National Bank. Ce petit pays est donc en train de jouer des pieds et des mains pour limiter les dégâts sur son économie, qui dépend en grande partie de Stanford.

Des rapports publics indiquent en outre que ce magnat des affaires doit des centaines de millions de dollars en taxes fédérales. Ce n’est pas tout: les nouvelles de mercredi dernier nous apprennent que le premier employeur d’Antigua serait aussi un poids politique important aux Etats-Unis, où il aurait contribué aux frais de campagne de certains députés. Certains d’entre eux ont depuis lors annoncé qu’ils allaient offrir ses contributions de campagne à des oeuvres de charité.

La plupart de ces contributions ont été versées lors des élections de 2002, alors que le Congrès était en plein débat sur un projet de loi anti-fraude dans les services financiers, qui aurait lié les bases de données de l’Etat et les régulateurs fédéraux des banques et assurances. Parmi les bénéficiaires les plus notables des largesses de Stanford, notons Bill Nelson (45.900$), Pete Sessions (41.375$), John McCain (28.150$), Chris Dodd (27.500$), et John Cornyn (19.700$).

Jay Cohen, fondateur de World Sports Exchange, l’une des compagnies de paris sportifs en ligne les plus importantes d’Antigua, explique qu’aucune entreprise du secteur n’a jamais laissé son argent dans la Stanford International Bank, même si le domaine du jeu en ligne est le deuxième plus développé à Antigua, après le tourisme.

“Stanford ne travaillait pas avec des entreprises de jeu ou des individus qui se faisaient de l’argent grâce au jeu. Peut-être parce qu’il était un Southern Baptist [mouvement religieux chrétien du sud des Etats-Unis], ou peut-être parce qu’il ne voulait pas d’activités qui l’auraient mis sous surveillance, ou les deux.”

Les investisseurs et les clients de la banque sont anxieux, et espèrent que le fiasco qui avait suivi l’arrestation des représentants de BetOnSports par le FBI, et la fermeture consécutive du site, ne se répétera pas. A l’époque, Antigua avait geler tous les capitaux de la compagnie et avait désigné un curateur, Vantis. Les clients de l’intermédiaire en paris sportifs attendent toujours d’être payés.

L’avenir nous dira si les choses se passeront mieux cette fois, ou non. Mais dans tous les cas, ces nouvelles ne sont pas de bonne augure pour les investisseurs, comme ce propriétaire d’une société de développement de softwares vénézuélien, Pinto Ramos, qui s’est rendu à Antigua en catastrophe ce mercredi, pour vérifier l’état de ses comptes. “Je ne sais pas quoi penser, explique-t-il, j’ai les économies de toute ma vie ici. Nous attendons de voir ce qu’il va advenir.”

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